La mode, la mode…

Fashion is a form of ugliness so intolerable that we have to alter it every six months.

La mode est une forme de laideur si intolérable qu’il faut en changer tous les six mois.

Oscar Wilde
Aujourd’hui, j’ai envie de parler de mode. Waaaaaw… vous direz vous en votre for intérieur (ou pas) son blog est-il en train de tourner fashion? Va t-elle nous poster des photos d’elle exhibant sa dernière session shopping? Aura t-elle les pieds en dedans et une duck face des plus fantastiques? La réponse est non mes poulettes (voire mes poulets si de la testotérone est venu s’égarer ici).
J’ai envie d’en parler parce qu’en tant que fille du 21ème siècle en possession d’une once de goût potable, je ne comprend pas. Je pige pas l’engouement que provoque toujours la mode (version haute couture méga cher ou trendy ridicule et  incompréhensible) chez les gens. Ce soir je suis allé à un concert (The Rapture) j’ai tellement sauté  partout et dansé que  mes genoux m’envoient leurs adieux (mais là n’est pas le sujet)… Ai été entouré de hipsters, ai cru défaillir de rire. J’étais en plein territoire bonnets, collants pour hommes (véridique) et supra moditude. Évidemment je me suis esbaudit. Mais ce n’était pas la chose à faire ( Cf le nombre de gus et gussettes qui m’ont regardé style "pauvre meuf, tu n’y comprends rien .) Ce qui m’a légèrement interpellé et fait réfléchir et me concentrer sur le monde de la mode.
Et le résultat de la réflexion est : Je ne comprends effectivement pas. Et messieurs, dames cette phrase est plus que réelle. Je n’y comprends que couic. Je ne suis définitivement pas à la mode. Out. Hors catégorie. De facon complète. Cette soirée en a été la preuve formelle. Je ne me suis pas foulé niveau vêture ( le jean était de mise. ) Mais là où tout individu lambda  aurai vu un couvre fesses de type convenable (catégorie non moche) et confortable, les gens à la mode voit une "pièce" conformiste voire "extrêmement banale." (Un mec m’a tenu un discours non passionnant sur la communication vestimentaire dont le résumé est que je suis apparemment une fille normale, ce qui dans son esprit est à peine mieux que des haricots verts en boites)). Ai pris ça avec bonne humeur et philosophie et observé la face de mon interlocuteur en souriant. Dieu du ciel. Ce mec a essayé de faire passer ses trouvailles H&Mesques pour des trésors archélogiques vintages et a appelé un VÊTEMENT "une pièce". Dans mon cerveau le message était " Désolée, mec, mais pour moi un gus est sensé être viril et ne pas porter de collant, tu n’es conséquemment pas crédible et ton discours me passe par dessus tête."
Bref, la mode  est vraiment un univers étrange.
Tout d’abord parce qu’elle est à deux vitesses. Y a la mode pour êtres aux portefeuilles moyens et la mode pour gens pétés aux as. La première demande du temps, de l’effort, de la sueur dédié à l’obtention du "look du temps" avec un léger truc, une très légère originalité qui est sensé faire tomber les autres humains à la ronde à genoux d’admiration. C’est d’ailleurs une vraie course au "truc", qui validera enfin le look 40 % H&M 59 % Zara , 1% friperie comme "cool". Jusqu’à il y a peu c’était simple, une personne était plus originale qu’1 autre autre dès qu’elle avait:
  • Une écharpe vive , un foulard patchwork, ou bien même un hamac vénézuélien autour des cervicales.
  • Un bonnet brodé ou non, mais qui pend obligatoirement à l’arrière du crâne.
  • Un véritable tatouage
  • Des Ecarteurs (boules d’oreilles mutilatrices)
  • Des grosses lunettes de nerd mais en fluos
  • De la dentelle (homme femme confondus)
  • Une chemise de bûcheron cintrée.
  • Des horreurs mocassins.
Malheureusement quelqu’un a dû cafté la recette très massivement parce que soudainement le monde s’est chargé de clones. Tout le monde est désormais sapé pareil. Et tout le monde trouve ça super cool. Je dégobille.
La deuxième mode est plus particulière car contrairement à la première, elle demande un certain budget. Elle ne s’adresse à quasi personne. Et cela excite précisément pleeeeeeins de gens (l’élitisme a toujours été méga hype.) Les créateurs reconnus, encensés, lèche-bottisés pour ne pas dire carrément "cultifiés" vivent dans un royaume imaginaires où le surkiffage de leur moindre battement de cil est normal et dû. Remarquez le nom qu’on leur donne "Créateurs" comme s’ils étaient de mini divinités. Ces designers, hommes pour la plupart n’ont pas vu une meuf à poil depuis un bon nombre d’années (possiblement jamais.) Dans leurs esprits la femme est un genre de corps qui n’a jamais grandit, de la ligne droite de partout, no boobies et encore moins de fesses. Au risque de me faire virtuellement baffer, non,  la meuf lambda n’est pas taillé comme Karlie Kloss (cf photo). Certaines le sont naturellement et très franchement, je suis très contente que ces 10% là soit représenté (les minorités visibles en avant toussa toussa) mais les 90% autres?
Je vois très mal comment fourrer le moindre atome de mes fesses dans n’importe quel robe que l’on voit dans les défilés à la télé ou dans les magazines. Et pour cause: mes fesses de fauchée quasi obèse avec mon 38/40 ne sont pas destinés à entrer dans ces robes. Pour moi de base les vêtements doivent s’adapter à mon corps et non le contraire. Il parait que les designers disent que les vêtements tombent mieux et plus facilement sur les très minces…Alors qu’est ce que c’est en fait? De la paresse de la part des créateurs? C’est pas un peu leur boulot de créer des vêtements qui vont aux femmes au pluriel? Non, il semblerait que je me plante en beauté, leur boulot c’est de sublimer LA femme. Une seule. Signe distinctif: elle mesure un mètre 80 et pèse moins de 60 kilos.
(Nota bene: Je ne prône pas l’obésité, un extrême ou l’autre craignent autant. Mais sans déconner, y a des moments où le regard vide et les membres décharnés graciles des "top models" me font frissonner. Le surplus de graisse c’est mal vu mais le surplus de consommation c’est la vie.)

J’ai comme l’impression que ces robes sont destinés à faire du show-off. En fait, toute la mode c’est du show-off et qui dit show-off dit éphémère et jetable. La mode c’est la plus belle preuve du consumérisme débile. Des fois je traine sur des blogs mode et très franchement quand je lis l’excitation de ces meufs pour de véritables horreurs, je suis partagée entre l’hilarité et l’inquiétude pour leur santé mentale. Leur leitmotiv c’est un peu: "C’est moche, c’est cher, c’est importable: génial j’achète." C’est un peu pareil pour les mannequins. Elles sont très facilement jetables. Une modèle ça dure dans les deux ou trois ans max (estimation haute) avant de se faire larguer dans le monde réel. Quand on sait que pleins de gamines de 14 ou 15 ans intègrent le circuit et lâchent l’école pour courir les podiums, ça fait plutôt peur. Elles font comment après? elles reprennent l’école ou quoi?

Alors quand on me dit "La mode, c’est enchanteur, c’est féérique, c’est original, ça respecte la différence…" j’ai envie de dire "mon ass oui." La mode par essence, c’est PAS différent et original. L’être humain est un animal grégaire, on kiffe suivre qui a du charisme ou est "à la mode". Y a rien de magique ou de beau là dedans.
Tout ça pour dire que  je n’aime pas la mode. Attention, ça ne veut pas dire que je n’ai aucun sens esthétique ou aucune envie d’être bien sapé. Mais je réitères: Je n’aime pas la mode. J’aime les vêtements.

Des bizz.

Le jour où j’ai décidé d’être Française.

Cher lecteur,

Je suis de retour comme tu le vois. Mon absence n’était pas vraiment préméditée, mais elle a été nécessaire pour que je me concentre sur un match de catch prévu depuis longue date, un match contre l’administration. Comme je suis une fille incapable de tenir le moindre suspense, il n’y en aura pas et tu seras immédiatement déçu de savoir que j’ai perdu. Et cette défaite s’accompagne d’une terrible conséquence.  Je ne vais pas aller en Indonésie.

Oui, tu as bien lu. Peut être vas tu te demander pourquoi? La réponse est simple: je ne suis pas française. Je suis une réfugiée politique. Je viens de Somalie. Il y a 17 ans ma mère a fui la guerre civile en m’embarquant avec elle. Ça fait 17 ans que je suis ici. Et au bout de 17 ans, je ne suis toujours pas française. En Somalie, on ne déclare pas les naissances. En Somalie, ça fait plus de 20 ans qu’il n’y a pas eu de gouvernement stable. En Somalie, je n’existe pas.

Être une réfugiée politique ça veut dire qu’on a pas de passeport, on a un "titre de voyage". Qui dit pas de passeport dit méga emmerdes pour voyager car énormément de pays font des difficultés pour accueillir une personne qui a un "titre de voyage". En apparence, ce document ressemble en tout point à un passeport lambda. Mais cela n’en est pas un. Pour les détenteurs de ce titre, il faut indispensablement montrer patte blanche. Pour entrer en Indonésie l’ambassade demandait:

  • d’avoir un compte bancaire avec au moins 2000 euros dessus.
  • d’avoir réservé un hôtel pour chaque journée du voyage (soit deux mois) ou une attestation d’une personne de nationalité indonésienne qui dit qu’elle m’héberge.

Spontanéité et vagabondages, bref véritable insouciance party. GALÈRE de galériens à fort potentiel en merdicité.

Ce n’est pas le meilleur car finalement, quand j’ai enfin réuni tout ces papiers (d’ailleurs MERCI du fond du battant à Anne d’Authentic Sumatra pour son aide), l’ambassade m’appelle pour me dire que ce n’était plus la peine. Le gouvernement indonésien venait de voter une loi qui interdit toute demande de visa aux personnes avec titres de voyage. Saluons le timing parfait. En langage clair c’était un remarquable FUCK OFF de toute beauté. Et bonne chance pour les remboursements de billets d’avions.

Après une dépression un léger abattage au niveau moral et DEUX journées complètes au téléphone avec Opodo (Hotline à classer dans le total n’importe quoi, et musique d’attente horrible) à jouer au "Vous allez me rembourser. Non. Si. Non. Si. " Et rebelote. J’ai reussi à obtenir gain de cause et faire jouer mon assurance annulation. Mais ça a été dur, et la facture de téléphone est à la hauteur de l’effort. (Quiconque est passé par les affres du remboursement de billet d’avion a toute mon estime.)

Bref je ne vais pas en Indonésie. Mais je pars quand même quelque part. Et ce sera…la Malaisie. Temps d’obtention du visa: deux jours. Excitation de grande envergure et mode relativisation ON. Car:

  • Je ne partirais pas deux mois mais un seul, mais pas toute seule. Ça ne sera pas l’Indonésie mais je vais m’éclater quand même. Et je vais partager ça avec quelqu’un.
  • J’ai un mois de libre et la liberté inopinée c’est franchement la mégaclasse.
  • En juillet je vais aller à Lisbonne pour l’Optimus Alive 2012. Ce qui veut dire que je verrai RADIOHEAD! Et Tricky. Et The Kills. Et pleins pleins d’amis.
  • Y a franchement pire, non?

Vendredi dernier j’ai déposé mon dossier pour une naturalisation (le mot moche et insensé pour dire obtenir la nationalité française), la procédure est longue et sêmée d’embûches, mais j’espère bien en venir à bout. Le B.ABA de la future globe trotteuse c’est quand même d’avoir un passeport digne de ce nom. RDV d’ici un an ou deux :)

Des Bzzz

Ps: Merci pour les mails, commentaires et visites depuis deux semaines que je n’étais pas là. I’m back. Pour de réel.

Pps: Ça y est j’ai 22 ans :)